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LES PREMIERS PAS VERS LE COSTUME ÉCOLOGIQUE

 

Durant la saison d’hivers 2020, le théâtre Jean Duceppe a travaillé sur un projet assez particulier. En effet, la pièce Les Enfants, mise en scène par Marie-Hélène Gendreau, est la première production éco-responsable du théâtre. Nous avons rencontré la conceptrice des costumes, Cynthia St-Gelais, et nous avons ainsi pu établir les premières bases menant à une conception de costume écoresponsable. 

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Une organisation circulaire

 

Le premier aspect à considérer est que les concepteur.trice.s ne peuvent pas devenir éco-responsables tout seuls. Ils ont besoins du soutien de l'ensemble des départements qui constituent une production. La machine entière doit changer si l’on veut voir un réel changement et cela inclut de donner plus de temps et de budget aux designers pour leur permettre de faire des choix éclairés. Étant encore au début du processus, la réflexion éco-responsable est encore longue et très énergivore, car peu d'information n’est disponible. Heureusement les choses changent doucement et nous espérons qu’un jour il sera aussi simple et important de faire des choix écologiques qu'économiques. 

 

Cynthia St-Gelais souligne que cette première tentative de costumes écologiques a été possible grâce au délais et au budget qui lui ont été accordés par le théâtre Jean Duceppe et, bien sûr, à sa grande motivation.

Repenser les étapes de création

 

Pour espérer faire du théâtre éco-responsable, tout le monde s’accorde à dire la même chose: il faut repenser notre façon de travailler et réinventer les manières de faire, et ce, à tous les niveaux. 

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Pour commencer, il faut repenser le rôle du designer lui-même. Pour la création de ses costumes, Cynthia n’a pas imaginé les costumes dans tous leurs détails. Elle a plutôt remis des sketchs et des dessins donnant une impressions de ce qu’elle recherchait: sans design et couleurs fixées. Elle a ensuite adapté selon ce qu’elle trouvait et ce qui l’inspirait. 

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Bien sur, cette manière de fonctionner est assez atypique. Non seulement ce ne sont pas tous les metteurs en scène qui accepteraient ce genre de proposition conceptuelle, mais cela va à l’encontre de tout ce qu’on nous apprend. Cela remet en question le rôle du concepteur tout puissant qui est supposé créer sans barrière. Ici, il doit plutôt imaginer un concept flexible et adaptable. De plus, cela force la communication bidirectionnelle entre les différents paliers de  l’organisation théâtrale hiérarchisée. Dans ce genre de modèle, la communication est un élément clé. Comme les allers-retours entre les différent.e.s collaborateur.trice.s sont très fréquents et que le concept n’est pas arrêté, il faut s’assurer que la vision des concepteur.trice.s reste claire pour tout le monde et que les décisions soient approuvées. 

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PRODUCTION 

 

Ensuite vient la phase de production. Soit on fait construire les costumes en atelier, soit on les loue ou les achète. Dans le premier cas, même si faire faire les costumes peut avoir un gros impact écologique, car on utilise souvent des matériaux neufs, il offre tout de même la possibilité d’avoir un contrôle sur la confection et ainsi, de faire des choix réfléchis. Dans le deuxième cas, Montréal offre une grande quantité de costumiers et de friperies ce qui rend la location, l’achat de seconde-main et le réemploi de costumes très facile. 

 

Cependant, comme la production devait partir en tournée, Cynthia devait s’assurer de la durabilité de ses costumes en faisant affaire avec des marques de mode locales éco-responsables. De plus, comme la conceptrice l’a souligné, il est important de savoir rester flexible pour permettre aux comédiens de se sentir bien dans leur peau. Certaines personnes, par exemple, ont un rapport à leur corps plus difficile et n'apprécient donc pas beaucoup les vêtements de seconde main, car ils tombent généralement moins bien. Le problème avec cette approche, c’est qu'elle demande beaucoup de temps et d'énergie. Il faut faire une nombre considérable d’aller-retours aux magasins. Entre le repérage, l'emprunt des vêtements pour les essayages, les retours et le stress que ce qu’on voulait ne soit même plus disponible, il y a de quoi s'épuiser.

POST-PRODUCTION

 

Finalement, quand une production se termine, on dispose le plus vite possible des costumes. Ils sont généralement gardés par le costumier du théâtre, donnés aux costumiers privés ou, s’il s’agit de vêtement contemporains, aux oeuvres de charité. Même s’ils ne sont pas jetés, les vêtements sont quand même sortis de la boucle du théâtre et pour ainsi dire, perdus. Il est assez commun que les costumes de base (t-shirts noirs, tailleurs et vestes, jeans, etc.) soient sans cesse achetés neufs dans les magasins low cost. Cela constitue un problème, car créer à partir de matériel neuf demande toujours plus d’énergie et de ressources. De plus, acheter dans ce genre de magasins encourage l’industrie du fast fashion, une industrie grandement polluante et inhumaine.


Des ressources à créer

 

Ainsi, même si l’effort est là, il manque encore beaucoup de ressources pour aider les concepteur.trice.s dans leurs démarches écologiques. Parmi les solutions disponibles, Cythia a mentionné quelques entreprises, Télio par exemple, qui fournissent des tissus écologiques ou biologiques, mais souvent assez chers et seulement en très grandes quantités. La conceptrice proposait aussi l’idée d’un système qui faciliterait le lien entre les stylistes locaux et les concepteur.trice.s de costumes pour que la communication se fasse plus rapidement et facilement. Pour elle, qui effectuait ces démarches pour la première fois, cela a été une source de travail considérable, car elle a dû monter un dossier pour chaque styliste pour que chacun.e comprenne le projet et le fonctionnement du théâtre. 

 

D’autres idées surgissent aussi à droite et à gauche quand on évoque le sujet avec des concepteur.trice.s de costume. Parmi elles, un système qui permettrait de récupérer les éléments de base dont tout le monde a tant besoin et qui sont sans cesse re-achetés neufs, ou encore une entreprise qui offrirait des matériaux alternatifs comme des tissus biologiques ou de la teinture naturelle . En tout cas, même si ce genre de projet n’existe malheureusement pas encore, la demande est là et le changement arrive pas à pas! 

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Marques en collaboration
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COMMENT CHOISIR UN TEXTILE?

 

Au sujet des choix de textiles les plus éco-responsables, il existe de plus en plus de ressources accessibles pour connaître leurs différents impacts. Pour une garde-robe responsable de Léonie Daignault-Leclerc, par exemple, est l’un des premier livre montréalais traitant de l’empreinte écologique des vêtements et des textiles. Un chapitre entier est consacré aux tissus écologiques, biologiques, recyclés et éthiques. En voici un petit résumé; toutes les informations qui vont suivre sont tirées directement du livre. Il est avant tout important de mentionner que l’impact écologique des vêtement et des tissus vient principalement de l'utilisation que l’on en fait et non de la production et du transport. En d'autres mots, environ 70% de nos vêtements finissent au dépotoir. Il est donc important d’investir dans des matériaux durables et de les réutiliser le plus possible!

 

Une fibre naturelle ne veut pas nécessairement dire qu’elle est écologique. Par exemple, le fameux babou (que l’on croit si éco-responsable) nécessite, pour la plupart du temps, un procédé de transformation toxique et polluant. Il en va de même pour le coton dont la production, dans la plupart des cas, est l’une des plus polluante de la terre. Ce n’est pas l'origine de la fibre qui détermine son empreinte écologique, mais bien la façon de l'exploiter. 

 

Une fibre biologique a été cultivée sans utilisation de produits nocifs pour l'environnement et pour l’humain. N’importe quelle fibre peut être biologique et, non seulement cela assure une décomposition sans résidu chimique libéré, mais cela réduit considérablement la toxicité globale de la production. 

 

Une fibre recyclée consiste, comme son nom l’indique, a recyclé des fibres déjà existante. Même si l’impact écologique est moins grand, cela nécessite tout de même une certaine quantité d'eau, de solvant et d'énergie. Les fibres synthétiques ont la particularité de pouvoir être fabriquée à partir de plastique recyclé comme les bouteilles d’eau. Malheureusement, l'inconvénient majeur c’est que ces fibres de plastiques microscopiques se dispersent pendant le lavage et finissent dans les cours d’eau. Les fibres naturelles doivent être broyées puis re-tissées ou mélangées avec des fibres neuves, mais les résultats sont soit des tissus moins performants ou des tissus mixtes difficiles à recycler une deuxième fois. 

 

Il existe des fibres qui sont naturellement plus écologique comme le lin et le chanvre qui nécessite peu d'eau et qui peuvent pousser dans des conditions arides. D’autres exemples sont la ramie, le lyocell (fait à partir de pâte de bois), la fibre de lait (fait à partir des résidus de lait non vendus), la fibre d’ananas, de banane et le cuir de liège et de champignon. 

 

Les fibres éthiques sont celles qui ont été produites en respectant les conditions humaines et animales, quand cela s’applique. Il existe de la laine et de la soie qui sont éthiques et/ou biologiques, mais l’un ne vient pas forcément avec l’autre. En général, les fibres biologiques sont plus éthiques, car aucun produit toxique n’est utilisé et ne contamine les humains et les animaux. 

 

Finalement, parmi les différentes étapes de production, celles relatives au traitement des tissus (lavage, blanchiment, teinture, impressions, etc.) sont les plus polluantes pour les cours d’eau. Il existe des alternatives comme le blanchiment au peroxyde d’hydrogène, les produits de lavage biogregradables, les teintures naturelles, etc.

 

Ce qui est important de se rappeler, c’est qu'aucun tissu n’est parfaitement écologique dû à la culture, la production et le recyclage qui demanderont toujours un minimum d'énergie. L’option la plus écologique est sans doute celle de réduire la consommation de textiles en ré-utilisant les tissus tels quels.  Il faut choisir en se posant les bonnes questions et en respectant ses propres valeurs.

Acteurs: Chantal Baril, Germain Houde et Danielle Proulx

Photos: Caroline Laberge